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Fibre Optique

FTTH, FTTO, FTTE : quelle fibre pour quelle PME ?

Trois acronymes, trois architectures, trois niveaux de service. Ce qu'il faut savoir avant de signer pour deux ans avec un opérateur.

S. et P. D. dirigent un salon de thé-épicerie fine à Bayeux, huit salariés, forte saisonnalité touristique. En 2024, ils ont basculé leur ancienne ligne ADSL vers une offre « fibre pro » à 45 € HT par mois trouvée chez un opérateur grand public. Trois mois plus tard, la caisse TPE figeait chaque samedi après-midi, le WiFi des clients plafonnait à 3 Mbps et leur prestataire comptable n'arrivait plus à se connecter à distance pour rapatrier les journaux. « On croyait que la fibre, c'était la fibre », raconte S. D. « On ne savait pas qu'il y avait trois technologies complètement différentes cachées derrière le même mot. »

Cette confusion est massive chez les dirigeants de PME. La « fibre optique » est devenue un mot valise qui recouvre des infrastructures qui n'ont ni le même coût, ni la même qualité de service, ni le même comportement en cas d'incident. Avant de signer, il faut avoir trois cartes en tête.

FTTH : la fibre du particulier, déployée massivement

FTTH veut dire « Fiber To The Home ». C'est l'architecture déployée en masse depuis 2015 pour équiper les foyers français, et qui équipe aujourd'hui plus de 38 millions de locaux en France. Techniquement, la fibre arrive jusqu'à votre local depuis un point de mutualisation de quartier, avec une caractéristique essentielle : elle est mutualisée. Plusieurs dizaines d'abonnés partagent la même fibre remontante via un répartiteur optique passif (un PON, pour Passive Optical Network).

Le débit annoncé (souvent 300, 500 Mbps ou 1 Gbps) est un débit maximum théorique, pas garanti. En conditions réelles, vous partagez la bande passante avec vos voisins. Et surtout, en cas d'incident, le rétablissement se fait en « best effort » : l'opérateur n'est pas contractuellement tenu à un délai. En moyenne nationale, 48 heures pour une réparation, parfois 5 jours ou plus en zone dense saturée.

Pour une PME avec des usages légers (bureautique, mails, quelques visios) et peu de dépendance au réseau, la FTTH fait parfaitement le travail à 30-50 € HT par mois. Pour un salon de thé-épicerie dont la caisse, le TPE et le logiciel de stock sont tous connectés, non.

FTTO : la fibre dédiée professionnelle

FTTO signifie « Fiber To The Office ». Techniquement, c'est une fibre dédiée de bout en bout : une paire de fibres optiques vous est affectée, non mutualisée, depuis votre local jusqu'au réseau de l'opérateur. Cette architecture s'appuie sur la technologie active Ethernet ou sur des réseaux SDH/OTN selon les opérateurs.

Trois différences fondamentales avec la FTTH : le débit est symétrique (même débit en émission qu'en réception, essentiel pour les visios, les sauvegardes cloud et la téléphonie IP), il est garanti contractuellement (un 100 Mbps FTTO vous donne 100 Mbps en toute circonstance), et le SLA de rétablissement est engagé (généralement GTR 4h). En contrepartie, le prix commence autour de 180-280 € HT par mois pour un 100 Mbps et monte à 400-600 € HT pour du 1 Gbps.

Le FTTO est la bonne réponse pour toute PME dont l'activité s'arrête quand le réseau tombe : cabinets comptables et juridiques, cliniques vétérinaires, restaurants et commerces avec caisse connectée, bureaux d'étude qui collaborent sur du cloud, sites avec téléphonie IP critique.

Critère FTTH FTTO FTTE
Infrastructure Mutualisée (PON) Dédiée bout-en-bout Dédiée Ethernet
Débit garanti Non Oui, symétrique Oui, symétrique
GTR rétablissement Best Effort (48-96h) 4h à 10h selon SLA 4h standard
Prix mensuel HT 30-60 € 180-600 € 150-500 €
Cible PME TPE bureautique PME critiques PME intermédiaires

FTTE : le compromis intermédiaire

FTTE (« Fiber To The Enterprise ») est un terme commercial plus récent qui recouvre une architecture hybride : fibre dédiée mais avec un SLA moins exigeant que le FTTO « premium ». Techniquement, c'est souvent de l'Ethernet sur fibre avec un débit garanti et une GTR standard (typiquement 4h), mais sans certaines options haut de gamme (redondance, sécurisation de parcours, etc.).

Le FTTE vise la PME qui a besoin de qualité professionnelle mais pas de l'ingénierie d'un grand compte. Le prix se situe entre FTTH et FTTO premium, typiquement 150-300 € HT par mois pour 100 à 300 Mbps symétriques avec GTR 4h. C'est souvent l'offre la plus adaptée aux PME de 10 à 50 salariés qui migrent depuis l'ADSL et ne peuvent pas justifier un budget FTTO pur.

La bonne question : de quoi dépend votre activité ?

Plutôt que de comparer les prix, posez-vous les quatre questions qui comptent vraiment.

Combien coûte une heure d'arrêt réseau chez vous ? Si c'est moins de 50 €, vous pouvez vivre avec une FTTH grand public. Si c'est plusieurs centaines d'euros (et pour la plupart des PME avec caisse, cloud ou téléphonie IP, c'est le cas), le coût annuel d'une FTTO est inférieur au coût d'une seule journée d'arrêt.

Envoyez-vous de gros volumes vers l'extérieur ? Sauvegardes cloud, visioconférences, transferts de fichiers lourds, télétravail. Le goulot d'étranglement de la FTTH est le débit montant, typiquement limité à 200-300 Mbps. Le FTTO/FTTE est symétrique : c'est souvent là que la différence se voit le plus.

Avez-vous de la téléphonie IP ? Si oui, la mutualisation FTTH pose un problème de jitter et de qualité vocale en période de pointe. Le FTTO/FTTE garantit une QoS bout-en-bout. Nous y revenons dans notre article dédié.

Quelle est votre tolérance à l'incident ? Si 48 heures sans réseau est acceptable pour vous, la FTTH suffit. Si vous devez absolument être dépanné en moins de 4 heures en cas de panne, c'est FTTO/FTTE avec GTR engagé.

On a fini par basculer en FTTE. Le coût est passé de 50 à 220 € par mois, mais on n'a plus eu un seul incident métier depuis.

S. D., co-dirigeante salon de thé-épicerie — Bayeux, 8 salariés

Ce qu'il faut demander à votre opérateur

Avant de signer, exigez qu'il réponde par écrit à cinq points : technologie exacte (FTTH/FTTO/FTTE/Ethernet sur autre support), niveau d'engagement de débit (garanti ou best effort), débit montant et descendant en Mbps, niveau de GTR (en heures, avec pénalités chiffrées en cas de dépassement), et durée du contrat. Si l'un de ces cinq points n'est pas clair, c'est un signal.

Enfin, sachez que le prix n'est pas une indication fiable de la qualité. Il existe des FTTH à 70 € qui sont de vraies FTTH mutualisées, et des FTTE à 200 € qui sont d'excellentes solutions. Le bon critère, c'est l'architecture technique, pas la facture.

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